Introduction

J’ai envie de raconter cette histoire folle du premier album composé avec une IA. Je n’aurais jamais imaginé un jour écrire, produire cette musique là, très différente de tout ce que j’ai fait jusqu’à présent. Je n’aurais jamais imaginé non plus partager des moments uniques avec autant de musiciens, de chanteurs d’univers très différents.

Hello World, le premier album pop composé avec une intelligence artificielle reste un album fait par des musiciens, contrairement à ce que le titre laisse imaginer.

Une question récurrente des journalistes à la sortie de l’album, qu’est-ce qu’a fait l’humain dans tout ça?, pourrait s’apparenter aux questions autour du sampler vu comme une menace pour les vrais musiciens. Un sampler ne propose pas d’idée musicale et la nouveauté avec le système Flow Machines c’est la génération de mélodies et de sons originaux. Cette réponse induit une autre question à la quelle je vais essayer de répondre: qu’a fait l’IA dans tout ça? L’IA est-elle audible dans Hello World ? Je vais essayer de tracer frontière entre l’IA et l’humain, même si elle est poreuse.

Qu’est-ce que l’intelligence artificielle de Flow Machines? Ce n’est en tout cas pas ces images caricaturales de robots qui ont illustré beaucoup d’articles sur l’album !

Flow Machine c’es une page web qui ressemble à un éditeur de partition (développé par Vincent Degroote, Timotée Neullas et Daniel Martin) . Tout de suite on a moins peur non ?

Plus d’infos sur Flow Machines ici

Pour dire ce qu’a fait l’ intelligence artificielle, je vais dessiner son profil en creux, en racontant ce que nous, les musiciens avons fait en composant les chansons de Hello World. 

Pour ceux qui veulent aller plus loin dans la compréhension du projet scientifique Flow Machines (co-financé par l’ERC), il y a une video de François Pachet ici :

François Pachet

Cela me tient à coeur de réaffirmer qu’Hello World  est un album de musique fait par des musiciens.

Mais en son coeur se cache une machine qui a proposé des mélodies originales et inédites, des fragments sonores que ces musiciens ont trouvé beaux, surprenants, nouveaux. Cette machine était alors à l’état de prototype et a été modifiée, améliorée tout au long des sessions de compostions. Les musiciens ont parlé aux scientifiques et inversement.

Flow Machines, qu’est-ce que c’est?

C’est une machine avec deux moteurs principaux. L’un génère des notes et des accords sous forme de partition, c’est Flow Composer, dirigé par François Pachet, développé avec Pierre Roy, Alexandre Papadopoulos. L’autre génère des sons, c’est Rechord / Mashmelo développé par Matthieu Ramona (Rechord, moteur polyphoniqueet Marco Marchini (Mashmelo, moteur monophonique, voix, instruments solo) sous la direction de François Pachet.

Ici une vidéo où je montre comment je joue avec (il faut passer outre la voix-off qui fait un peu un tuto coiffure…).

De l’expérimental au musical

C’est cette machine qui a attiré Stromae, Michael Lovett et tous les autres musiciens de l’album. Au fil de presque chaque séance, l’exigence de faire un bon titre a dépassé la simple expérience et la machine devenait un instrument duquel on devait tirer le meilleur matériel pour faire la meilleure chanson possible.

Les sons de Flow Machines, c’est Rechord et Mashmelo

Quel est le point commun entre Michael Bubble, Stevie Wonder et Michelle des Beatles?

En un clic on peut essayer toutes les combinaisons possibles de production. Les accompagnements entrés dans la machine sont analysés et peuvent être adaptés et appliqués à n’importe quelle partition.

Voici quelques exemples de croisements  stylistiques guidés par l’intuition, le hasard, par exemple : Michael Bubble chante Michelle sur du Stevie Wonder.

Un a cappella de  Michael Bubble

L’intro de Love’s in need of love today de Stevie Wonder

Un clic plus tard, Rechord et Mashmelo ont généré une version de Michelle

D’autres exemples de mashup “intelligents”

Sur Girl from Ipanema : Super Rich Kids de Franck Ocean et I heard to the grapevine de Marvin Gaye

Sur Girl from Ipanema toujours : Rihanna et un instrumental dans le style 60 (réalisé par Virgile Allien)

Sur une mélodie Flow machines que j’ai composée : une voix de Paul Mc Cartney

Évidemment aucun de ces exemples, aussi intéressants soient-ils ne peuvent être exploités commercialement, à moins que tous les ayants droits soient d’accord. Mais ces générations si jubilatoires peuvent être le point de départ pour un titre original.

Pour finir cette intro, je dois dire qu’on aurait jamais composé ces chansons sans la machine. Ces mélodies, ces sons, ont quelque chose d’inhumain mais ils nous ont on captivé. L’album est sorti en Janvier sous le titre “the first pop album composed with AI”… Cet argument a orienté l’oreille du public, je pense que très peu de gens ont écouté l’album avec une oreille neutre. Je commence à lire des articles positifs sur la musique comme dans Crack magazine: Skygge listed as one of the 25 artists of the future 

À suivre, quelques moments précieux dont je me souviens…

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